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SYNDICALISME ET PARITÉ

mardi 28 janvier 2014  Enregistrer au format PDF


La parité est un principe fondateur des politiques de lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes.

Au nom de ce principe, plusieurs lois ayant pour but de réduire les disparités de revenus, d’emploi, de représentation des femmes dans les instances de pouvoir politique et économique... ont été édictées :

1907 : les femmes mariées peuvent disposer librement de leur salaire ;

1944 : les femmes obtiennent le droit de vote et l’éligibilité ;

1946 : l’égalité des droits entre hommes et femmes est inscrit dans le préambule de la Constitution ;

1965 : les femmes mariées peuvent exercer une profession sans l’autorisation de leur mari ;

1972 : le principe de l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes pour les travaux de valeur égale est retenu.
Les lois du 6 juin 2000, du 10 juillet 2000, du 11 avril 2003, du 31 janvier 2007 et du 28 février 2008 tendent à promouvoir l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives.

2013 : la loi cadre pour l’égalité femmes/hommes prévoit l’inscription de la parité pour les fédérations sportives, les chambres consulaires, les établissements culturels... et de doubler le taux de modulation des financements aux partis politiques en cas de non-respect de la parité pour les élections législatives de 2017.

Ce bref rappel législatif montre des avancées manifestes en matière de droits des Femmes et d’égalité. Malheureusement, la réalité est beaucoup moins réjouissante car, à l’inverse, de nombreux indicateurs révèlent que les inégalités de sexes ont la peau dure : taux d’emplois inférieurs, sur-chômage, ségrégation professionnelle, salaire et retraite inférieurs, précarité... sont toujours le lot quotidien majoritairement des femmes.

Femmes et syndicalisme :
des débuts très difficiles !

Les relations des femmes avec le monde du travail en général, et l’univers syndical en particulier, relèvent d’une histoire longue et compliquée. Autant le salaire des femmes était nécessaire, voire indispensable à la survie de la famille, autant le droit à exercer une activité salariée leur a été régulièrement dénié, notamment dans les périodes de fort chômage, quand l’activité des femmes est/était vécue comme une concurrence, une menace pour certains travailleurs. Au niveau de l’implication syndicale, il faut nuancer entre la participation des femmes aux luttes et leur intégration dans les instances des syndicats. Cette dernière s’est effectuée progressivement, et non sans mal. Même si des groupes féministes existent depuis longtemps dans le syndicalisme (exemple du syndicalisme enseignant de l’entre-deux guerres), une sorte de défiance subsiste parfois à l’égard des féministes, de la part de militants qui ne voient dans leur action que des revendications particulières (et non prioritaires), alors qu’il s’agit de lutter conjointement contre toutes les dominations, pour l’émancipation de toutes et tous.

Aujourd’hui, syndicalisme et féminisme œuvrent ensemble à une société plus égalitaire, les syndicats affichent tous clairement leur volonté de combattre les inégalités de sexes ; cependant des obstacles persistent

La place des femmes
dans les syndicats

Il est toujours très difficile de mesurer précisément le nombre et le rôle des femmes dans les organisations syndicales. La part des adhérentes et des militantes est très variable d’un syndicat à l’autre et/ou d’un secteur d’activité à l’autre. Toutefois, les études sur la parité révèlent que la féminisation syndicale reste en deçà de la proportion des femmes dans le secteur d’activité, et, à l’instar du monde du travail, les postes à responsabilités syndicales sont majoritairement détenus par des hommes. Il est remarquable cependant que lorsqu’un syndicat adopte des mesures coercitives en faveur de la parité, les femmes investissent davantage les instances (voir, au niveau confédéral, la CFDT qui a instauré un principe de quotas en 1980, et la CGT la parité en 1999).

Les obstacles

Les stéréotypes de genre et la méconnaissance des théories féministes

Après avoir mis en évidence les grandes inégalités (travail, violences, droit de vote, accès à l’enseignement, etc...) entre femmes et hommes, les théories féministes ont permis d’objectiver de plus en plus précisément les lieux, les acteurs et les outils de la domination masculine. Ces études ont malheureusement révélé qu’aucun champ de la société n’est épargné. Or, les avancées obtenues par nos luttes ont eu un effet pervers car, d’aucun, s’il ne possède pas un regard éclairé sur ces questions, peut facilement croire que, dans nos sociétés occidentales contemporaine, tout est réglé. Or, les résistances sont encore nombreuses et les stéréotypes sont encore véhiculés même au sein des organisations dites progressistes comme les syndicats. Nombre de syndicalistes pensent encore aujourd’hui que si la parité n’est pas effective c’est imputable aux femmes qui ne « veulent » pas prendre de responsabilités – préférant préserver leurs activités professionnelles et familiales. La question du « pourquoi » elles ne « peuvent » pas assumer de telles tâches et du « comment » impliquer les femmes dans notre organisation n’est jamais traitée de façon sérieuse et transversale. Et ce comportement individuel et collectif constitue un frein important à la parité syndicale. De surcroît, la cooptation restant une pratique forte du monde syndical, les stéréotypes associés à la méconnaissance des enjeux féministes et des outils de domination masculine ne favorisent pas leur investissement.

Les évolutions du salariat féminin

Tertiarisation, précarisation, travail à temps partiel imposé, télétravail... sont des freins à la syndicalisation des femmes.
Le fonctionnement des structures syndicales
Le cumul des mandats, en nombre et dans le temps, souvent pensé comme inévitable au regard de la faiblesse des effectifs militants, est un frein réel à la participation des femmes. L’engagement est alors perçu comme nécessitant une disponibilité entière (soirs, week-end, vacances...). Or, les femmes, faut-il le rappeler, gèrent toujours en moyenne 80 % des tâches domestiques... Une politique syndicale volontariste en terme de parité nécessiterait de repenser une autre organisation du temps syndical.

Parité et statuts

Notre société, encore très ancrée dans le patriarcat, ne favorisera jamais « naturellement » la parité. En effet, comme dans tous les lieux de domination, on ne peut imaginer que ceux qui profitent d’un système (même inconsciemment) qui leur assure des avantages décident eux-mêmes de le détruire. Et notre organisation syndicale pâtit de cet état de fait.
Exiger que femmes et hommes soient représentés de façon égalitaire dans les instances de pouvoir dérange toujours car cela nécessite d’admettre des réalités gênantes : l’égalité des sexes est loin d’être réalisée dans la sphère syndicale et l’on ne peut attendre une « évolution des mentalités » rapide à ce sujet.
Poser la question de la parité dans les statuts, c’est certes s’imposer une contrainte, mais les règles de fonctionnement de la FSU sont elles aussi contraignantes comme les 70 % et c’est cette contrainte qui nous permet d’arriver à faire la synthèse dans notre fédération.

La question qui se pose à travers l’imposition de la parité n’est pas celle de s’imposer une contrainte supplémentaire mais de pouvoir arriver par une mesure statutaire à un objectif qui n’est pas atteint car notre syndicalisme reste, quelles que soient nos revendications, ancré dans une société qui ne permet pas aux femmes de prendre la place qu’elles méritent tout autant que les hommes.


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