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La dette des gouvernements est une dette envers les femmes et non envers les banques !

jeudi 11 octobre 2012  Enregistrer au format PDF


Face aux innombrables reculs de leurs droits et libertés les plus fondamentales, face à l’augmentation de la prostitution et des violences de toutes formes à leur égard, face à une répression toujours plus forte des mouvements féministes et sociaux combinée à la montée de forces conservatrices, fascistes et fondamentalistes de tous acabits, les féministes de la Marche mondiale, réunies à Romans/France du 1er au 3 juin 2012 pour leur rencontre européenne, se sont constitués un véritable plan de campagne contre la dette, la crise et les mesures d’austérité.


Un backlash européen virulent

Ces femmes venues du Portugal, de Catalogne, de Suisse, de France, de Belgique, de Turquie, d’Italie, de Galice et de Roumanie ont établi l’amer constat d’un démantèlement sans précédent, partout en Europe, de tous les acquis féministes obtenus de hautes luttes.

Sous diverses formes en divers endroits, les droits sexuels et reproductifs des femmes sont sans cesse attaqués. Les stratégies mises en œuvre afin d’empêcher les femmes d’avoir un contrôle sur leur propre corps, et dès lors sur leur vie, sont multiples autant qu’insidieuses. Si en France, sous prétexte de réaliser des économies pour payer la dette, un grand nombre de centres IVG ont été fermés et qu’en Suisse plane la menace d’un avortement désormais payant, au Portugal, des centres de santé refusent de fournir la pilule du lendemain tandis que dans un nombre toujours croissant de pays, on impose aux femmes désireuses de se faire avorter toute une série de procédures telles que l’obligation d’obtenir l’autorisation des parents pour les mineures (Catalogne) ou encore le passage devant une « institution de conseil » tenue généralement par des religieux/euses (Roumanie). On imagine bien quel type de discours culpabilisateur, moralisateur et jouant sur l’émotionnel les femmes entendent en de tels lieux… Le gouvernement turc se montre quant à lui bien plus direct et sans fausse pudeur sur la question : dans un discours prononcé le vendredi 31 mai 2012, le Premier ministre Erdogan a déclaré : « Je vois l’avortement comme un meurtre » alors qu’en Turquie l’IVG est légal depuis 1983 !

L’autonomie financière des femmes, pilier essentiel de leur émancipation, est quant à elle chaque jour plus morcelée par les politiques d’austérité. Non seulement les femmes doivent prendre à leur charge les obligations sociales fondamentales que l’Etat - suite aux coupes budgétaires - ne peut plus assumer mais en plus elles doivent faire face à une diminution constante de leurs revenus rémunérés. En accentuant leur dépendance mais aussi la quantité de leur travail gratuit et invisible, la crise de la dette mine la santé psychique et physique des femmes d’Europe tout en faisant simultanément disparaitre une à une les associations vers lesquelles elles pouvaient se tourner pour trouver soutien, solidarité et relais sociaux. En Catalogne, les Maisons et associations de promotion des femmes ont vu leurs subsides diminués de moitié !

La prostitution et la marchandisation du corps des femmes sont quant à elles de plus en plus banalisées tandis que les violences à leur égard sont toujours plus fréquemment marquées du sceau de l’impunité. Un énorme bordel est en train d’être constitué en Ukraine en vue de l’Euro 2012, les « emplois » de lap dance » explosent et on en vient même à tenter d’institutionnaliser le recours à des « aidantes sexuelles » pour les personnes handicapées.

Ce tableau déjà bien sombre serait incomplet si nous n’évoquions pas les implications pour la militance féministe du véritable saccage partout en Europe des droits démocratiques. Face à une police toujours plus répressive et violente, les féministes éprouvent de plus en plus de difficultés à exprimer publiquement et collectivement leurs opinions et revendications. Très vite, elles se retrouvent soit derrière les barreaux soit cachées par des militant-es pour échapper aux arrestations. Comme bien d’autres mouvements sociaux européens, elles dénoncent la prise en otage du droit des peuples à manifester par un pouvoir autoritaire et liberticide n’ayant plus de démocratique que le nom.
Vers la constitution d’une contre-offensive féministe à la dette et l’austérité
Après avoir entamé une série d’initiatives contre la dette et les mesures d’austérité dans leurs pays respectifs, les militantes de la MMF ont donné une dimension européenne à leurs efforts et luttes. Ainsi durant cette rencontre, elles ont défini les grandes étapes de leur campagne commune contre la dette et les mesures d’austérité. Cette campagne commencera dans tous les pays européens où la Marche est présente dès le 17 octobre 2012 (journée internationale de lutte contre la pauvreté) avec des actions simultanées contre la finance, la dette et les mesures d’austérité pour se clôturer le 8 mars 2013. Le 10 décembre aura lieu partout dans le monde 24 heures d’actions féministes. Partant du constat que les mesures d’austérité mettent en danger le droit à la vie, les féministes européennes de la MMF ont décidé de faire de la défense du droit à la santé des femmes le thème prioritaire de cette journée de mobilisation.

Le texte commun ainsi que les slogans de la campagne révèlent combien les activistes de la Marche en Europe sont désormais collectivement engagées contre la dette qui détruit toute perspective émancipatoire des femmes. De fait, si l’une des revendications du texte européen consiste en la réalisation d’un audit féministe de la dette afin d’en annuler la partie illégitime l’un des slogans sera « La dette publique est envers les femmes, non envers les banques ! ». Un site commun européen, des flyers, un logo et des vidéos accompagneront également cette campagne.

Dans leur volonté de lutter en synergie avec d’autres mouvements féministes et mixtes contre l’austérité et cette dette illégale, socialement mortifère et féminicide, la marche mondiale des femmes se joint à la construction d’un mouvement de masse européen de résistance active aux politiques d’austérité. Bienvenues à elles et n’oublions pas : Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, les féministes seront toujours en marche !

Nous, les femmes voulons construire une société plus juste qui en finisse avec le système capitaliste et patriarcal, une société qui permette à toutes et tous de vivre une vie digne : une société féministe !


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